Les revenus de Bertrand Cantat ont été au centre des débats devant le TGI de Bordeaux qui examinait mardi la demande de levée d'une saisie conservatoire des comptes bancaires du chanteur de Noir Désir prononcée le 7 juin à la demande de l'assureur du film "Colette".
"On ne peut pas dire que les ventes de Bertrand Cantat vont chuter et que la créance de l'assurance est en péril", a expliqué Me Sophie Borowsky, avocate spécialisée dans le droit de la production cinématographique.
La décision a été mise en délibéré au 17 août et plusieurs comptes bancaires du chanteur emprisonné en Lituanie pour avoir tué l'actrice Marie Trintignant, restent bloqués jusqu'à cette date.
En tout début d'audience, le défenseur bordelais du chanteur, Me Pierre Hurmic s'est dit "surpris par l'existence de ce créancier jusque-là inconnu." "Il n'avait jamais été fait état d'un surcoût du film "Colette" duquel il serait demandé réparation", a-t-il ajouté.
Me Borowsky s'est attachée à démontrer qu'il n'y avait aucune raison de bloquer les comptes bancaires de Bertrand Cantat, soutenant qu'une "saisie conservatoire ne se justifie du point de vue de la loi" que si on doute de la solvabilité. Selon elle, il n'y avait pas d'urgence dans le cas du chanteur qui a conservé des revenus importants : "Commercialement le groupe existe encore. En juin 2004 les ventes d'albums de Noir Désir ont été deux fois plus importantes qu'en 2003."
Détaillant les royalties de Bertrand Cantat, elle a affirmé qu'il percevait "une moyenne de 100.OOO euros par an" de la Sacem, auxquels allaient s'ajouter les droits d'auteur d'un livre-CD, intitulé "Nous n'avons fait que fuir", qui "a déjà fait en un mois de vente 110.000 euros de revenus", et de deux nouveaux albums du groupe "qui vont être annoncés par la maison de disque" (un CD live et un DVD).
Puis elle a démonté méthodiquement l'expertise sur laquelle la compagnie australienne QBE a indemnisé la société de production à hauteur de 237.000 euros. Somme qu'elle demande aujourd'hui au chanteur de rembourser.
Selon Me Borowsky, le surcoût pour la production dû au décès de "l'actrice principale" ne se chiffrerait qu'à 50.000 euros. Un montant qui sera "âprement discuté", a-t-elle dit, lors d'une prochaine audience sur le fond qui devrait intervenir d'ici environ un an.
Me Olivier Bluche, l'avocat de l'assureur, a mis en doute la solvabilité d'un chanteur "tenu à l'écart de la scène musicale". La compagnie d'assurance a bloqué 191.OOO euros sur les comptes de Bertand Cantat et renoncé à l'inscription provisoire d'hypothèque sur trois maisons.
Me Bluche s'est également dit prêt à renoncer à la saisie du compte que le chanteur possède avec son épouse Kristina Rady.
"Il y a des vautours qui s'acharnent. C'est pas à lui de payer le film", a tonné le frère du chanteur, Xavier, en quittant le palais.