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Sur Terschelling, les pilleurs d'épaves écument encore les plages

Sur l'île de Terschelling dans le nord des Pays-Bas, le XXème siècle, l'exode rural et les touristes n'ont pas eu raison de l'une des plus anciennes pratique des îliens qui redeviennent pilleurs d'épaves dès que se lève le vent du nord.

Sous une brise joyeuse qui fait danser des houppes vertes ou blondes au sommet de ses immenses dunes, Terschelling, "la perle des îles Wadden" semble paisible. Dans le port, à l'ombre du Brandaris, le plus vieux phare d'Europe, les anciens prennent le soleil, et les jeunes rêvent du continent.

Et pourtant... Il n'y a pas si longtemps, le pasteur de l'île priait Dieu en ces mots: "S'il faut que des bateaux coulent, jetez les épaves sur nos plages".

"On raconte qu'on donnait un petit coup de pouce à la tempête qui précipitait les navires sur l'île, qu'on croquait les doigts des naufragés pour prendre leurs bijoux. D'où notre surnom de bouffeurs de doigts", explique Hille van Dieren.

L'homme a l'oeil qui brille, et plus d'une histoire dans son sac. Il les illustre en désignant son invraisemblable collection d'objets ramassés sur les plages de sable fin: défenses d'animaux exotiques, prothèse de jambe, canards de baignoire, ducats et boutons en or de la Compagnie des Indes, sabres...

Pratiqué depuis le Moyen-Age, le pillage est toujours soumis à des règles qui n'ont jamais été modifiées: un tiers des bénéfices au "maître des trouvailles" (le maire), un tiers au propriétaire du bien échoué (s'il réclame son bien), et un tiers au pilleur.

Sous couvert d'anonymat, les îliens avouent que les deux premiers n'ont pas souvent vu leur part du butin.

Transformée en bistrot-musée, l'antique ferme paternelle de Hille, bâtie avec le bois de l'épave du Cyprian, un vaisseau norvégien passé par le fond, déborde de trésors. Ils sont parfois émouvants, comme ce sextant et ces jumelles. Hille a retrouvé la famille de leur propriétaire, Theodor Schulz, officier de 23 ans à bord de l'UB61, sous-marin de la Kriegsmarine, coulé en 1917. Mais inutile de remonter loin pour rencontrer la tragédie: des objets à peine attaqués par l'eau assortis de récits dans les journaux à l'encre encore fraîche en témoignent.

"La mer prend, la mer donne", dit un îlien, pilleur à ses heures. Pour ce qui est de prendre, les marins aux noms exotiques qui ont trouvé un dernier refuge au cimetière de la bourgade en savent quelque chose.

Le pillage des épaves, "c'était avant tout une question de survie, car on était pauvre", explique Hessel Wiegman, le barde de l'île. Il se souvient de la première fois qu'il a goûté du beurre, "en 56, après le naufrage de l'Equador, la mer en a rejeté une motte".

Chaque jour que Dieu fait, il parcourt les 30 km de plage en tout-terrain, à la recherche de phoques et de fous de Bassan englués de pétrole, ou empêtrés dans les déchets et les filets. Il sait que le ressac n'amène pas que des trésors. "La mer, c'est une responsabilité qui dépasse les frontières. On aura beau nettoyer ici, si de l'autre côté...". Il termine sa phrase par un geste vague.

Les animaux n'empêchent pas Hessel de rester attentif au plus beau des cadeaux que les vagues peuvent apporter aux îliens: le bois. "Pas de forêt ici; donc pas de poutres pour les maisons, ni de bois pour se chauffer". Bien-sûr, les temps ont changé. Le bois se trouve à profusion sur le continent, mais aujourd'hui encore certains le préfèrent patiné et délavé par le sel marin.

Deux artistes, Rick van Dongen et Piety de Jong ont choisi de s'établir sur l'île. Zout Hout (Bois Salé), leur entreprise, perpétue la tradition qui précipite les habitants sur les plages après chaque tempête ou bourrasque. La table basse qu'ils s'étaient fabriquée il y a quelques années avec une palette échouée est le premier meuble d'une ligne qui se vend à présent au delà des frontières néerlandaises.

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